Presse Journal Alsace du 16 Juillet 2006Cernay Un film pour trouver le sens de la vie Quand les jeunes font volontairement équipe avec les gendarmes pour produire un film, ça peut aller loin. Pour les jeunes du centre socioculturel Agora de Cernay, ça ira jusqu'à La Villette.
L'atelier média, au programme des activités de vacances du centre socioculturel Agora de Cernay, est à l'origine de films illustrant le regard des jeunes de quartiers défavorisés sur la cité. Le projet est soutenu par des financements croisés allant de la Ville au Conseil régional. La brigade de prévention de la délinquance juvénile, qui collabore au projet depuis ses débuts, a projeté certains de ces films dans les établissements scolaires. La gendarmerie peut bien s'intégrer à l'équipe : le racisme, la violence…
Télécharger l'Article (Format pdf)Un succès inattenduL'atelier média aurait dû produire un journal, à l'origine. Finalement, il a produit une vidéo. Puis chaque année un film différent. Les jeunes de quartiers défavorisés s'impliquent sérieusement : l'an dernier, des jeunes filles ont produit le film « Émoi, et moi » pour traiter des relations problématiques filles/garçons dans la cité. Ce film a été le premier à être projeté au festival de La Villette.
La plupart des thèmes proposés par les jeunes, inspirés par les difficultés qu'ils rencontrent chaque jour, ont une importance pénale. Les gendarmes sont heureux de pouvoir discuter avec les jeunes pendant les étapes de réflexion sur le film, et ainsi, se faire connaître sous un autre jour. Les acteurs en herbe de cette année vont soutenir leur film « L'essence de la vie » à La Villette, en octobre, pour le festival de cinéma amateur « Regards Jeunes sur la cité ». Le titre est volontairement ambigu à l'oreille : « L'essence de la vie » est aussi à entendre comme « les sens de la vie », les sens à donner à sa vie. Le jeune est ici acteur dans un film, mais reste avant tout acteur de sa propre vie. Entre les deux sous-thèmes du concours, le groupe de jeunes de cette année a choisi « Comprendre » plutôt que « Rêver ». Comprendre ce qui fait les sentiments humains, ce qui transforme l'amitié en haine par exemple… et surtout : comprendre qu'il ne faut pas juger sur les apparences.
« La rigueur n'empêche pas l'amusement »À travers trois séquences différentes, le film allie fiction, humour (avec en particulier un drôle de sage des montagnes, et un voyageur furieux en panne d'essence à mille miles de toute terre habitée, qui font le lien entre les séquences) et réflexion citoyenne. Jean-Louis Racoillet est le metteur en scène implacable qui prépare les jeunes à jouer et les guide lors du tournage. Il fait partie du noyau dur de l'équipe, ceux qui n'ont pas changé depuis le lancement. Son souci : « faire un travail de qualité, pour que les jeunes puissent être fiers de leur oeuvre, et pour cela, il faut leur apprendre la rigueur ». Les jeunes se rendent compte de la difficulté qu'il y a à se trouver de l'autre côté de la caméra. « Il faut les amener à se retrouver non plus simples consommateurs de télévision, mais créateurs. Il faut qu'ils fassent l'expérience de la rectitude, du professionnalisme, à leur niveau bien sûr », appuie l'adjudant-chef Alain Defienne. Les jeunes découvrent également que tout peut être truqué dans un film, du montage qui permet de corriger les erreurs, au fait que la première séquence d'un film peut très bien être la dernière à avoir été tournée. On cherche ainsi à développer leur sens critique. Mais la quinzaine de jeunes acteurs n'a pas que ça en tête. « Ils sont en vacances, pas à l'usine », rassure Jean-Louis Racoillet, et même si le tournage du film dure deux semaines, « on filme le matin et leurs après-midi sont occupés par des activités du centre culturel, de la baignade au bowling ». « De toute façon », ajoute le metteur en scène, « la rigueur n'empêche pas l'amusement ». Les jeunes qui s'engagent dans l'aventure du tournage avec lui en sont vite convaincus.
Copyright © 2007 Franck Chopinet. Tous droits réservés. Design par DJI pour Kitgrafik.com